Le Contournement Ouest, solution miracle et écologique pour résoudre les problèmes de mobilité à Braine-l’Alleud ? On entend tout et son contraire… Faisons un peu le point et cassons les fausses idées !

1 – Pourquoi parle-t-on d’une « route bas carbone » ?

Pour la construction de cette route, la commune a sollicité un financement spécifique du Fonds européen de développement régional (FEDER) destiné à la transition vers des économies bas carbone. Pour l’obtenir, elle a promis une économie annuelle de 1 872 tonnes équivalentes de CO2, grâce à la réduction des embouteillages et la « promotion des modes doux ». Mais la méthode utilisée pour cette estimation est sujette à caution et n’est pas précisément documentée. Par exemple, ce « calcul » ne prend pas en compte l’impact de la construction de la voirie ni de la destruction de la zone naturelle qu’elle occasionnera. On peut aussi se poser des questions sur cette utilisation des fonds européens, qui labelise des routes en béton en projets bas carbone. Une dérive qui pourrait être imitée ailleurs…

2 – Cette route va-t-elle aider à réduire le trafic ?

Pas forcément. Pour s’en assurer, il faut avant tout analyser les flux d’automobiles et l’impact que cette voirie pourrait avoir sur le trafic. Ce comptage est désormais en cours dans le cadre de l’étude d’incidence qui a été enfin obtenue grâce au combat du collectif de citoyens Braine Autrement. Selon nous, ce comptage aurait dû précéder le lancement du projet… Par ailleurs, la voirie débouchera dans le bas du centre-ville et risque d’engorger ses petites rues. Sans compter le nouveau projet de zoning qui va inévitablement augmenter encore le trafic… (Voir à ce sujet différents articles sur notre site). Ne serait-il pas plus urgent d’augmenter significativement la part des modes doux et des transports en commun et d’enfin concrétiser les aménagements du rond-point de Mont-Saint-Pont qui se font attendre depuis des années.

3 – Est-ce que contournement et nouveau zoning sont liés ?

Tout à fait ! Même si la majorité actuelle souhaite les présenter de manière indépendante, ce sont deux projets intimement imbriqués l’un dans l’autre. La preuve : un rond-point menant au zoning apparait déjà sur les plans du contournement. Et l’intercommunale in BW a précisément opté pour ce site en tirant argument du projet de contournement en termes d’accessibilité.

4 – D’où vient ce projet de contournement ?

Cette nouvelle route est dans les cartons de la majorité depuis plusieurs années… Ce projet avait d’ailleurs déjà été soumis au FEDER en 2014 mais il n’avait pas été retenu. Modifié et présenté en « projet bas carbone », il obtiendra finalement un autre subside du FEDER destiné à la transition vers des économies bas carbone en juillet 2016…  Il est également important de mentionner que cette route n’est en réalité que le premier segment d’un projet bien plus large, comme l’atteste cette carte tirée du plan communal de mobilité de 2008.

5 – Qui finance le projet ?

Outre le fonds du FEDER (40 %), la région wallonne apporte 50 % et la commune complétera le panier à hauteur d’environ 10 %. Pour un total de 8 472 000 euros. Il faut aussi noter que l’Europe a délégué l’attribution des fonds FEDER aux États et régions pour les dossiers ne dépassant pas un certain seuil, ce qui est le cas ici. La région wallonne soutient donc doublement le projet. Région et commune étant assez naturellement en phase car elles sont politiquement liées.

6 – Quel est son tracé exact ?

Le tracé initial de février 2016 allait de la chaussée de Tubize à l’Alliance avec une branche vers l’hôpital. Depuis, il y a eu plusieurs modifications et récemment la voirie de contournement est devenue une voirie pénétrante, c’est-à-dire que la commune limite son projet initial à la phase 1 (de la rue de la gare à la rue de la Goëtte). Le dernier tracé reste donc hypothétique, tant que les conclusions de l’étude d’incidence ne sont pas connues. En effet, le Conseil d’État a donné raison à Braine Autrement sur l’obligation d’effectuer une étude d’incidences AVANT de fixer définitivement le tracé, en ce sens que le tracé « le moins mauvais » au niveau environnemental n’est pas nécessairement celui que la commune avait proposé.

7 – Quels sont les dégâts que cette route peut provoquer ?

Les impacts potentiels de cette voie rapide (70 km/h) sont nombreux sur les riverains, les exploitations agricoles, la biodiversité, ainsi que les cours d’eaux. Cette route va générer de la pollution et du bruit dans une zone jusqu’alors préservée, détruisant au passage des biotopes et des zones humides riches en biodiversité (alignements de saules têtards du sentier du Fourçon, site de nidification des oiseaux nocturnes, etc.).

Elle va également couper de nombreux chemins et sentiers de randonnée et altérer le patrimoine paysager naturel et historique, avec notamment les anciennes fermes La Tour et Graignette. Sans compter la mise en péril d’exploitations agricoles, coupées par la route ; et la perte du cadre de vie de nombreux riverains.

8 – Quelles sont les alternatives pour réduire le trafic ?

Une priorité est d’enfin aménager les fameux tourne-à-droite du rond-point de Mont-Saint-Pont, qui est véritablement le goulot du trafic entre les chaussées Bara, de Tubize et d’Alsemberg. La majorité actuelle a beau répéter depuis des années que la situation va se débloquer, force est de constater que trois tourne-à-droite semblent plus compliqués à construire qu’une nouvelle route à plusieurs millions d’euros !

De nombreuses études ont déjà montré qu’une augmentation de l’infrastructure n’améliorait pas le problème de congestion à long terme. Il y a aussi une réflexion plus large à faire sur le rôle de la voiture car on ne résout plus les problèmes de trafic en ouvrant de nouvelles voiries, qui tôt ou tard sont à nouveau saturées. Il faut mettre en place de réelles alternatives en termes de transports en commun, de covoiturage, de parking de dissuasion, de voies propres, etc. Et pourquoi pas enfin aménager l’ancienne ligne 115 pour les modes doux ?

9 – Braine Autrement a gagné le recours au conseil d’État. Le projet est donc annulé ?

Non. Grace à sa victoire au Conseil d’État en mai 2018, le collectif Braine Autrement a obtenu la reconnaissance de la nécessité de réaliser une étude d’incidence, dont la commune aurait voulu faire l’impasse. Cette étude d’incidence est donc à présent en cours mais ce n’est pas pour autant que ses résultats seront pris en compte. Le Bourgmestre Vincent Scourneau affirmait encore le 12 juin 2018 dans les pages de La Libre que l’étude d’incidence « n’a aucune influence sur le projet et qu’elle sera réalisée en même temps que les permis nécessaires à la construction de la nouvelle route ».

 10 – Est-ce qu’on peut encore modifier ou bloquer le projet ?

Oui, il y a encore différentes étapes avant le lancement effectif du chantier. L’étude d’incidences doit d’abord être bouclée et s’en suivra une éventuelle mise à jour du projet, avant le lancement d’une enquête publique. Les riverains y auront encore l’occasion de s’exprimer et différents recours légaux seront encore possibles à ce stade. Enfin, le projet ficelé devra impérativement être validé par le Conseil communal. Si la majorité change suite aux élections d’octobre prochain à Braine-l’Alleud, tout pourrait donc être remis en question !

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