Redéfinir la prospérité … pour un « plan de relance » du bonheur !

Faut il vraiment relancer la croissance ?
Mais la croissance de quoi au juste ? Et si on relançait le bonheur ?

Publié le samedi 28 avril 2012

Dans les économies avancées, il devient de plus en plus clair qu’à partir d’un certain niveau de vie, la croissance de la consommation n’augmente pas le bonheur et peut même lui nuire.
Et il est encore plus évident que l’exploitation des ressources naturelles qui est jusqu’ici la base de la croissance économique ne peut pas continuer au rythme d’aujourd’hui. Nous exploitons à grande vitesse les ressources du sol et du sous-sol, nous ne respectons pas la capacité de régénération des ressources renouvelables, qu’elles soient agricoles, aquatiques ou forestières.

Olivier Deleuze et Emily Hoyos, co-présidents d’Ecolo, ont récemment évoqué la « société de l’épuisement ». Nous épuisons les ressources et nous épuisons les personnes. La consommation d’antidépresseurs en hausse permanente en est un des signes les plus frappants.
Or, que nous proposent les gouvernements aujourd’hui ? De « relancer la croissance » ! Ceci pour relancer l’emploi et remettre à flot les caisses des Etats.
Certes, ces deux objectifs sont louables, mais comment alors répondre au défi écologique ? Et comment répondre au mal être du citoyen d’aujourd’hui ?

C’est pourquoi des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour proposer que nos sociétés modernes cessent de se fixer comme seul objectif l’augmentation du « Produit Intérieur Brut » (PIB) qui est aujourd’hui la référence principale de nos politiques [1]. Car le PIB ne calcule que les aspects monétaires de la croissance économique et n’indique pas si les richesses sont redistribuées, si la qualité de vie progresse, si nos ressources naturelles sont bien gérées. Ainsi, si la consommation d’antidépresseurs augmente, le PIB augmente aussi ! Signe de progrès ?

A côté du PIB, il nous faut donc d’autres indicateurs qui nous informent sur l’état et l’évolution de notre patrimoine naturel et aussi sur le bien-être, l’état du bonheur dans nos sociétés.
Il existe quelques indicateurs, comme « l’indice de développement humain » développé par les Nations Unies ou « l’empreinte écologique » promue par le WWF.
Le gouvernement wallon s’y met aujourd’hui, grâce aux impulsions des Ministres écologistes, et vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête pour sonder les Wallons sur les indicateurs qui leur paraîtraient pertinents pour « mesurer » la Wallonie. Une proposition de loi a été introduite par le groupe Ecolo-Groen à la Chambre en 2011 pour établir un indicateur « social » et un indicateur « écologique » aux côtés du PIB national, et s’y référer dans toutes les politiques gouvernementales. Mais le gouvernement fédéral a le nez sur le guidon.

Certains comparent ces indicateurs alternatifs à un cheval de Troie car, une fois entrés dans nos modes de gestion, ils peuvent modifier la pensée dominante, affranchir nos politiques publiques de l’unique et absolue obligation de performance monétaire et les ouvrir à d’autres objectifs, tant au niveau d’un pays qu’au niveau d’une région ou d’une commune.

Ainsi au niveau d’une commune, on pourrait se poser la question : construire un parking (de plus) au centre ville est certes un moyen de faire du chiffre d’affaires, mais quel effet aura ce choix sur la pollution de l’air, sur la santé des habitants, sur la possibilité d’avoir des espaces urbains libres, verts et conviviaux ?
En disposant d’indicateurs sur l’état de notre patrimoine naturel et sur les besoins de loisirs dans les quartiers, nous pourrions identifier des équipements qui s’intègrent dans le maillage vert sans le dégrader. Le niveau des dépenses budgétaires n’est pas synonyme de qualité, ni de prospérité, si elle est redéfinie…

Fort heureusement, si les pouvoirs politiques sont lents à la détente, des groupes de citoyens expérimentent déjà de nouvelles formes de prospérité, où ils peuvent non seulement trouver des avantages immatériels de convivialité, de partage, de plaisirs gourmands et esthétiques, mais aussi vivre mieux avec de faibles revenus et soutenir des personnes précarisées. Les expériences d’habitat groupé se développent beaucoup en Belgique, dans des variations multiples, alliant le souci écologique au besoin de partager les ressources et les espaces [2].
Sous le slogan « vivre ensemble, c’est plus facile » le Ligueur de janvier 2012 détaille de nombreuses idées pratiques pour diminuer le coût de la vie et en même temps créer des liens sociaux.

Le mouvement de transition vers une société humaine, à la fois florissante et capable de respecter les limites écologiques est en marche. Il est fragile et demande à être connu, soutenu, amplifié, et confirmé par un cadre politique qui cessera de regarder le monde d’un seul œil.

Thérèse Snoy
27 avril 2012

[1] Le gouvernement britannique va créer un "indice de bonheur « pour évaluer le bien-être psychologique et physique de sa population », rapporte le Guardian du 15 novembre 2010, citant une source gouvernementale…
Le Canada étudie la possibilité d’adopter une initiative similaire et le président français Nicolas Sarkozy avait annoncé en 2009 son intention d’utiliser le degré de bonheur des Français en tant qu’indicateur de croissance.
En 2009, un rapport de la Commission européenne concluait : « Il est de toute évidence nécessaire de compléter le PIB à l’aide de statistiques couvrant les autres thématiques économiques, sociales et environnementales dont le bien-être des gens dépend dans une large mesure. »

[2] Voir le No 89 d’Imagine Demain le monde de janvier et février 2012