Pour des éco-quartiers à Braine-l’Alleud

Chaque commune, chaque bourg, chaque village a son caractère, son histoire, sa manière de marquer de son empreinte le paysage dans lequel il s’inscrit. Et ce n’est pas le hasard qui conduit la destinée d’un petit hameau ou d’une grande ville : ce sont les hommes qui décident. Ils peuvent décider au cas par cas ou prévoir des règles qui guident leurs décisions. Ils peuvent décider sur de petites choses, comme l’emplacement d’une véranda accolée à une maison, ou ils peuvent dresser des plans à une large échelle, comme le tracé d’un nouveau boulevard ou le programme de toute une ville nouvelle.

Publié le samedi 15 mars 2014

Le Brabant wallon connait une vie intense du point de vue de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. La vitalité de son économie et la poussée démographique qui l’accompagne font que chaque commune doit, à de nombreuses reprises chaque année, prendre des décisions. Permis, autorisations, projets : si chaque cas est particulier, la commune doit pouvoir aussi s’appuyer sur des lignes de conduite, locales ou régionales, pour que les réalisations qu’elle autorise façonnent des lieux de vie conformes au projet de ses habitants.

Car, idéalement, chaque commune doit avoir un projet pour ses habitants. Prendre le pouls de la population, anticiper les besoins des ménages et des entreprises, aller à la rencontre des porteurs de projets immobiliers : au lieu de se contenter de réagir à la pression des demandes en appliquant des règles, le pouvoir public peut prendre l’initiative et faire preuve d’ambition en modelant l’évolution de ses quartiers et de ses paysages en fonction de son projet.

Allo, projet ?
Mais quel est exactement le projet de Braine-l’Alleud ? Qui parmi ses habitants peut dire l’ambition que s’est donnée notre commune pour la ou les décennies à venir ? On comprend qu’elle veut exister aux yeux du monde. On comprend donc que, perchés sur la Butte du Lion, les édiles communaux gesticulent à l’adresse de la scène internationale pour se faire remarquer. Mais ce n’est pas là un projet.

On comprend que les porte-paroles du pouvoir local protestent en s’étranglant quand on leur fait remarquer que le commerce en centre-ville « peut mieux faire » à Braine-l’Alleud, ce dont chacun des habitants conviendra facilement. Mais pratiquer la méthode Coué et faire la farandole lors de la Braderie pour faire oublier l’anémie du commerce de proximité, cela ne fait pas non plus un projet.

La majorité de droite en place depuis plusieurs législatures évoque volontiers une politique de « pôles » à Braine-l’Alleud. Le pôle sportif au Stade Gaston Reiff ou le pôle hospitalier existent. Le pôle scolaire Vallée Bailly–Cardinal Mercier–Riva Bella est plutôt éclaté. Le pôle culturel, autour des deux Académies, est en formation. Quant au pôle administratif, il est plutôt malmené : baladé du centre historique à la gare puis relégué au zoning de l’Alliance. La politique de « pôles » c’est peut-être un plan, ce n’est pas encore un projet qui enthousiasme les habitants.

Pourquoi des quartiers durables ?
Un projet de quartier durable, au 21ème siècle, c’est non seulement un projet qui fait du sens au regard des grands enjeux sociaux et environnementaux auxquels notre société est confrontée mais c’est aussi apporter des solutions concrètes dans le contexte actuel du Brabant wallon.

C’est répondre à la question : comment accueillir de nouveaux habitants en nombre, dans de nouvelles habitations, sans continuer les étalements de lotissements anonymes, peu intégrés aux quartiers existants, peu conviviaux et totalement dépendants de la voiture ? Ou encore : comment éviter une uniformisation des habitations, et des habitants, qui finit par poser problème 30 ans plus tard quand les uns et les autres ont pris de l’âge ?

Économiquement, un projet de quartier durable est au moins aussi intéressant qu’un projet « classique ». Humainement, il permet de créer de vrais espaces de vie qui correspondent aux aspirations des familles qui décident de sortir de la ville pour vivre « autre chose » sans se ruiner. Politiquement, il permet de donner des bases solides pour le développement harmonieux de nouvelles habitations dans leur environnement, naturel et bâti, dans une perspective à long terme et en emportant l’adhésion de tous, anciens et nouveaux habitants.

Mais qu’est-ce que c’est, un « quartier durable » ?
Il en existe une définition officielle donnée par la Wallonie dans le « Référentiel Quartiers Durables » publié en février 2014. Ce document offre une série de repères très concrets ; 25 critères sont cités, ventilés en 5 thématiques :
1. Les potentialités du site et du projet en termes de mobilité, de mixité fonctionnelle et d’équipements scolaires ainsi que de densité.
2. Les ressources du projet en termes de sobriété énergétique : mitoyenneté, ensoleillement et lumière naturelle, besoins en chauffage et énergies renouvelables, matériaux et réversibilité.
3. Les milieux naturels : perméabilité des surfaces aménagées, séparation des flux d’eau de pluie et d’eaux usées, surfaces des espaces verts et bleus.
4. Les aménagements : voiries en cul-de-sac limitées, stationnements réfléchis, image du quartier affirmée, espaces privatifs suffisants, équipements collectifs variés, gestion poussée des déchets.
5. La mixité et la participation : mixité fonctionnelle, mixité des tailles de logements, mixité sociale, accessibilité aux personnes à mobilité réduite, participation des riverains et des futurs habitants.

Pourquoi pas, enfin, à Braine-l’Alleud ?
Les exemples de développement de quartiers durables commencent à se multiplier en Wallonie. Ils répondent à la demande des ménages, y compris financièrement : à investissement comparable, l’usage est moins cher. Et les responsables publics ne manquent jamais de se féliciter d’avoir fait ce choix. Les retours sur investissement sont en effet intéressants : image de marque, modernité et convivialité riment avec attractivité économique, sobriété budgétaire et sécurité.

Pourquoi pas, enfin, à Braine-l’Alleud ? Vallée Bailly, Merbraine, Alliance… les occasions actuelles sont déjà nombreuses. Il y en aura d’autres. « Braine-l’Alleud, la commune des éco-quartiers ». Voilà qui nous distinguerait avantageusement de nos voisins. Voilà un projet politique qui permettrait de préserver vraiment ce caractère très particulier de « ville à la campagne », avec toute sa convivialité et son dynamisme. Voilà qui pourrait faire la fierté de tous les Brainois.

Corentin Roulin
Conseiller de l’Action sociale