Produire mieux

Les mesures agro-environnementales
- Une politique agricole européenne pour préserver l’environnement et améliorer la diversité
- Thérèse Snoy, députée fédérale

Si, sur les hauteurs de Paudure ou entre Ophain et Bois-Seigneur, vous observez des bandes de terres un peu échevelées de fleurs des champs, si, après les labours d’automne, votre voisin agriculteur sème de la moutarde pour couvrir le sol en hiver … et vous éviter ainsi le risque des coulées de boue dans la rue, sachez que c’est un effet bénéfique de l’évolution de la politique agricole européenne.

L’Europe est au bout de notre jardin. Soyons y attentifs et respectons ces efforts pour restaurer la qualité et la diversité de nos ressources naturelles.

Aujourd’hui les agriculteurs sont en difficulté car pris entre deux feux : d’une part, la rentabilité des exploitations est difficile à maintenir et beaucoup quittent le métier, d’autre part les méthodes agricoles qu’on leur a conseillé d’adopter depuis 40 ans sont remises en question, vu leur impact sur l’environnement et sur la qualité des produits.

Il est donc important de replacer cela dans une perspective historique.

En 1957, à la naissance de l’Europe, nous ne produisions pas assez pour nourrir nos populations. Les agriculteurs représentaient 20% de la population et avaient un niveau de vie très bas. Le leitmotiv a donc été : « Produire plus et concentrer les exploitations ! ».
La Politique agricole commune (PAC) était née. Un important budget européen fut accordé pour soutenir l’agriculture à ces conditions. Et cela a marché ! Beaucoup moins d’agriculteurs, beaucoup plus performants (on est passé des « paysans » aux « producteurs »), nourrissent l’Europe et exportent même dans le monde entier.
Mais petit à petit sont apparus les effets néfastes d’une telle orientation : pertes d’emplois, surtout dans les régions peu fertiles, exode rural, pollution des eaux (nitrates), érosion des sols, endettement…
De plus, le soutien aux prix provoquait des surplus…qui empêchaient d’autres marchés de se développer au Sud. La pression des Etats-Unis et des pays émergents a imposé à l’Union Européenne de cesser de soutenir les prix.

La Commission décida d’introduire des aides directes (par bovin ou hectare de céréales) liées à des conditions de charges animales et à la mise en place de jachères. Nouveau leitmotiv : « Produire moins ! »
Les surplus ont disparu. Mais l’environnement n’en est pas pour autant restauré !

Depuis l’an 2000, on dit donc aux agriculteurs : « Produire mieux ! »
Cela se traduit par une réforme des aides et par des mesures d’accompagnement, essentiellement centrées sur l’amélioration de l’environnement, dont certaines sont obligatoires et d’autres volontaires. Les aides financières sont, elles, découplées de la production.

Aujourd’hui, tous les agriculteurs doivent respecter une série de directives et règlements européens qui sont censés assurer de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) ; cela porte sur l’érosion, la conservation des matières organiques des sols et de sa structure, la protection des pâturages permanents, la gestion de l’azote pour la protection des eaux souterraines. Si ces BCAE ne sont pas respectées, les aides à l’exploitation peuvent être supprimées. C’est ce qu’on appelle la « conditionnalité ».

En tant qu’écologiste, nous considérons que ces règles ne vont pas encore assez loin car elles n’ont pas encore abouti à diminuer suffisamment la pollution des nappes phréatiques et des sols. Mais cette conditionnalité va certainement se renforcer dans les années qui viennent dans le cadre d’une nouvelle « PAC post 2013 » .

« Tournières, bandes enherbées, mares …les MAE ! »

Par ailleurs, une autre forme d’aide est octroyée si les agriculteurs s’engagent de façon volontaire dans ce qu’on appelle les « mesures agro-environnementales » (MAE). Celles-ci permettent des actions pointues et localisées au delà des pratiques ordinaires et ont pour objectif de restaurer la biodiversité.

Quelques chiffres
En Wallonie, les paiements directs aux exploitants représentent 250 millions € ; les mesures agro-environnementales 30 millions € ; avec quelques autres petites aides, le total des aides représente aujourd’hui 23 800 € par exploitation ou 473 € par hectare. Plus de la moitié des agriculteurs wallons sont engagés dans les MAE, sur 15 % de la surface agricole.

Quelques exemples des « MAE » en Wallonie
La plantation de haies et bandes boisées, ou alignements d’arbres, représente aujourd’hui +/- 12.000 km et 130.000 arbres (aubépines, bourdaine, cornouillers, érables, noisetiers, pommiers, poiriers, prunelliers, ronces, saules, tilleuls, troènes, …)
Près de 3.800 mares sont conservées et les « tournières » (bandes enherbées) représentent aujourd’hui +/- 2.900 km, autour de nos cours d’eau, champs et bois. Ce sont des refuges pour les insectes et les oiseaux et elles forment un maillage écologique qui permet la reproduction des espèces sauvages.
Les MAE comprennent aussi l’élevage de races locales menacées, ou la couverture du sol entre deux cultures, ou enfin simplement la diminution des têtes de bétail sur des prairies fragiles.

Ces nouvelles pratiques ont colorié nos paysages agricoles depuis une dizaine d’années. Leur impact sur la biodiversité n’est pas encore maximal vu leur caractère trop ponctuel dans l’espace et dans le temps. Néanmoins, elles demandent à être respectées par les autres usagers de l’espace agricole, promeneurs, cavaliers, cyclistes ou engins motorisés qui parfois se croient tout permis dans les champs. Elles témoignent d’un souci grandissant de la société dans son ensemble pour repeupler les campagnes de vie sauvage et pour améliorer l’état de nos sols et de notre eau.

Notre rêve à nous est qu’un jour, on puisse réconcilier tout à fait la production alimentaire et le respect de la biodiversité. Des méthodes agricoles comme le « bio » ou l’agro-foresterie s’en approchent et nos efforts doivent se poursuivre pour réconcilier l’homme et la planète, toujours un peu plus !