La question sociale

L’accès à l’énergie est la question sociale du 21ème siècle
- Thérèse Snoy, députée fédérale

Dans le budget d’un ménage moyen, les produits énergétiques (gasoil de chauffage, gaz, électricité, carburants…) pèsent lourd.

Dans son enquête annuelle de 2010, Statbel, l’ex-Institut national de Statistique, relevait que les dépenses énergétiques d’une famille belge s’élevaient en moyenne à 2.588 euros. Soit près de 9 % de plus qu’en 2009, année où la facture avait fortement baissé, suite à la crise économique. Depuis, les prix de l’énergie ne cessent d’augmenter.

De plus, 38% de l’énergie consommée est contenue dans les biens de consommation. Toute variation du prix de l’énergie se répercute donc invariablement sur le prix de la plupart des biens de consommation.

Ce n’est pas un hasard si les grands pays se bousculent pour l’appropriation des champs pétroliers encore inexploités (dans l’Arctique par exemple) et investissent dans la possession des terres : celles-ci seront une source précieuse, non seulement de nourriture, mais aussi d’énergies renouvelables.

L’accès à l’énergie est un problème de géopolitique mondiale mais c’est aussi un problème de solidarité locale. En Europe, aujourd’hui, entre 50 et 125 millions de personnes sont touchées par la précarité énergétique et 8% de la population européenne connait des retards de paiement de factures énergétiques.

Certains ménages belges, vivant dans des logements mal isolés, peuvent avoir des factures d’énergie mensuelles quasi équivalentes à leur loyer ou à leur emprunt. Si l’emploi est loin du domicile, si l’utilisation de la voiture est nécessaire pour se rendre au travail, la facture du carburant s’ajoute à celle du chauffage et de l’électricité. Et plus les revenus diminuent, plus l’impact de la hausse des prix de l’énergie sera grand.

Lutter ici et maintenant contre la précarité énergétique

Pour ECOLO, les pouvoirs publics doivent agir pour aider les citoyens à diminuer la consommation d’énergie tout en maîtrisant les coûts de celle-ci. Cela suppose d’encourager les propriétaires à renforcer la qualité énergétique des logements afin de réduire les charges dans le budget des ménages.

En Wallonie, c’est via le programme « Alliance emploi-environnement » (comprenant des formations, des aides à l’emploi et aux entreprises de la construction) et les primes à l’isolation, que nos Ministres contribuent à cet objectif.

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Au niveau fédéral, ECOLO a protesté en vain contre la suppression brutale des réductions fiscales pour les investissements économiseurs d’énergie. Les Régions reprendront cette compétence en 2014 et nous tenterons d’y affecter les moyens nécessaires.

Il s’agit aussi que le gouvernement fédéral lutte contre les effets pervers de la libéralisation des marchés du gaz et de l’électricité et garde la maîtrise des prix. Ceci peut être obtenu en renforçant les pouvoirs de la CREG, la Commission de Régulation de l’Electricité et du Gaz.

Nous demandons aussi de mettre en place une tarification progressive de l’énergie afin que chacun dispose d’une quantité minimale d’énergie bon marché. Aujourd’hui, dans la plupart des cas, les gros consommateurs obtiennent des prix plus intéressants que les petits consommateurs. Cette mécanique doit être inversée pour inciter à l’économie et protéger le consommateur faible.

Pour le cas des ménages en difficulté de paiement, il s’agit d’octroyer le tarif social sur la base des revenus d’une personne et non sur la base de son statut. Un plan d’apurement de la dette, s’il y en a une, et un audit énergétique gratuit doivent être proposés à ces clients.

Des guichets de l’énergie devraient exister dans chaque commune pour répondre aux personnes et collectivités qui cherchent les moyens de faire des économies d’énergie, et pour sensibiliser l’ensemble de la population aux petits gestes que chacun peut faire sans investissement.

Ces guichets pourraient aussi aider les ménages et les collectivités face au marché libéralisé de l’électricité (calcul de la facture intermédiaire, choix du fournisseur, aide juridique en cas de problème, etc.) et comprendre un service de médiation.

Enfin, il s’agit de renforcer les CPAS dans leur rôle de guidance énergétique via l’octroi de moyens humains et financiers supplémentaires et une formation adaptée des accompagnateurs sociaux.

Nous pensons que les moyens humains et financiers que nos autorités mettraient dans de tels services à la population et aux collectivités seraient rapidement amortis par les économies réalisées et par la diminution des demandes d’aides au CPAS.