Urgence de la question énergétique

La question énergétique est plus que jamais à la une de l’actualité et de nos préoccupations : fragilité de notre approvisionnement et perspectives de délestage.

Publié le dimanche 18 janvier 2015

Comment en est-on arrivé là ? Quel est le rôle d’une commune dans ce contexte ? Et que pouvons-nous faire au quotidien pour aider ? Nous demanderons les réponses aux spécialistes invités à la conférence-débat que nous organisons au Château Cheneau le mercredi 28 janvier. Venez-y avec toutes vos questions.

Fragilité de notre système énergétique

Est-ce de nouveau du surréalisme belge ? Nous passons l’hiver en tremblant : dès que le thermomètre s’approche de zéro, on nous parle du risque de « black-out » ou de délestage ; des experts sont censés nous rassurer : « non, pas encore, pas cette fois, heureusement il fait doux en Provence, les Français vont nous fournir quelques Mégawatts… ».

En Belgique, il y a sept réacteurs nucléaires qui produisent environ 50 % de l’électricité. Ces réacteurs (quatre à Doel et trois à Tihange) ont été mis en service entre 1974 et 1985. Leur durée de vie initiale de trente ans a été prolongée de dix ans. La loi de sortie du nucléaire de 2003 prévoit donc leur fermeture progressive entre 2015 et 2025. Trois réacteurs sont actuellement à l’arrêt pour cause de défaillances techniques rendant leur utilisation trop dangereuse. Et les plus vieilles centrales n’auront bientôt plus de combustible car il était prévu de les fermer début 2015.

La fragilité de notre système énergétique est tout bonnement effrayante. Nous prenons conscience aujourd’hui que certains risques n’avaient pas été envisagés et la situation actuelle révèle que, depuis 2003, les gouvernements fédéraux ont été incapables de décider et d’investir dans de nouvelles sources d’énergie. Si une transition énergétique avait réellement été promue par ces gouvernements successifs (auxquels ECOLO n’a pas participé), nous ne serions pas dans la situation de chaos que nous connaissons aujourd’hui.

L’inaction fédérale a aussi permis à GDF SUEZ d’avoir la main sur notre politique énergétique. Nous sommes donc bien dépendants : de l’énergie atomique – malgré sa lourdeur, ses risques et ses coûts – et des pays voisins en cas de très forte demande.

Juste avant Noël, le gouvernement a décidé de prolonger les plus vieilles centrales (Doel 1 et 2) jusqu’en 2025, mais l’Agence fédérale de contrôle nucléaire doit encore donner son feu vert, et nous savons que le combustible ne sera pas disponible avant l’hiver prochain…

En cas de délestage, ma commune et moi

Si l’hiver est rude, la Belgique risque une situation de sous-approvisionnement en électricité. Dans ce cas, les fournisseurs et le gestionnaire de réseau procèdent d’abord à des coupures d’approvisionnement auprès d’entreprises volontaires – qui sont rémunérées pour ce désagrément.

Si ces mesures sont insuffisantes, le plan de « délestage » sera activé. Ce plan implique des coupures momentanées de courant dans certaines régions.

Dans cette situation, la commune a des responsabilités à prendre, notamment : mise sur pied d’un centre de crise fonctionnel, mise en place d’un centre d’accueil chauffé et éclairé pour les citoyens, organisation d’une vigilance accrue de la police dans les quartiers touchés, accueil des enfants en cas de fermeture anticipée des écoles, etc.

Braine-l’Alleud est-elle prête ? Nous allons inviter le Collège communal à vous le garantir !

Quant à chacun de nous, nous pouvons adopter des éco-gestes pour prévenir la surconsommation et éviter que le délestage ne tourne à la catastrophe : éviter d’utiliser les fours, les appareils de lavage, les plaques chauffantes et bouilloires, les ascenseurs… (voir http://offon.be/fr)

Une crise, cela peut être utile

A condition de garder les yeux ouverts au-delà de cet hiver inquiétant, la crise du « black-out » pourrait avoir un effet vertueux : une prise de conscience – chez nos dirigeants comme chez chacun de nous – de l’intérêt, de la nécessité, de l’urgence d’une transition énergétique.

Pour nous libérer de nos dépendances énergétique et nucléaire, ECOLO estime que la Belgique doit se doter d’un nouveau pacte énergétique entre l’État fédéral et les Régions.
Un tel pacte doit intégrer le développement des unités de production alternatives au nucléaire (renouvelable et gaz), une stratégie d’efficacité énergétique et un rôle accru en matière de production pour le distributeur d’énergie, Elia.

Par ailleurs, il est urgent de faire émerger une politique européenne de gestion de l’électricité pour la mise en commun de capacités en période de grande consommation et pour le développement du renouvelable avec une interconnexion forte des réseaux.

Une telle Communauté Européenne des Énergies Renouvelables, ou « CECA.2.vert », devrait aussi inclure une autorité européenne de contrôle de la sûreté nucléaire pour ne plus revivre la valse-hésitation du redémarrage des centrales micro-fissurées.

A chaque niveau de décision, de ma cuisine au Conseil européen, inventons un autre avenir à l’énergie !

Thérèse Snoy