Une ville à la campagne

Une réponse à la frénésie de notre monde
- Corentin Roulin

Publié le samedi 11 août 2012

Ville ou campagne ?
Braine-l’Alleud peut assumer sa double identité et dépasser cette apparente contradiction.

Les nouveaux arrivants sont souvent ravis : l’horizon qui, au détour d’une rue, s’ouvre sur de vertes collines, les promenades champêtres à portée de vélo, les oiseaux et toutes sortes d’animaux bien présents au jour le jour. Les anciens le voient parfois à l’inverse : on ne connaît plus ses voisins, et cette ville qui n’arrête pas de grandir, l’horizon toujours piqué de l’une ou l’autre grue de chantier.

Le destin de « ville à la campagne » de Braine-l’Alleud est ancré dans son histoire : village devenu « bourg agro-industriel » au cours du XIXe siècle, la commune subit, à partir des années 50, un phénomène de « péri-urbanisation » qui , dans les faits, l’intègre dans la « grande banlieue bruxelloise ». La fusion des communes étant passée par là, s’y est accolé un patchwork de villages ruraux brabançons.

Pas tout à fait une ville

Aujourd’hui, Braine-l’Alleud n’est pas tout à fait une ville, elle n’en porte d’ailleurs pas le titre et n’arrive pas, ou pas encore, à en avoir l’âme. C’est un bourg qui a grandi trop vite, ayant accueilli en quelques dizaines d’années des dizaines de milliers d’habitants voulant vivre aux portes de Bruxelles.

Elle échappe peut-être à l’appellation de « cité-dortoir » parce qu’elle n’a pas saturé son espace et qu’elle a un certain niveau d’activité économique mais les aménagements successifs et la dispersion des équipements collectifs nous laissent avec des morceaux de ville épars. Dans le Schéma de structure, cet éclatement s’appelle « poly-centricité ».

Tout à fait la campagne

L’autre face de Braine-l’Alleud lui est aujourd’hui essentielle : les villages de Lillois-Witterzée, d’Ophain et de Bois-Seigneur-Isaac, et puis les quartiers périphériques comme l’Ermite ou Odeghien, constituent l’écrin magnifique d’un joyau urbain un peu cabossé.

Même si elle n’est malheureusement pas tout à fait intacte, cette campagne est belle, les grands paysages ponctués par quelques grosses fermes, les bois et les forêts constituent non seulement un enchantement pour le regard et pour la promenade mais aussi des secteurs d’activité primaire, donc essentiels : agriculture, sylviculture, horticulture, élevage, …

Villages secondaires ?

Qualifiés de « centres secondaires » dans le schéma de structure, les « petits noyaux de vie » que sont les villages ont chacun leur charme, parfois discret, qui ne se révèle en tous cas pas au regard de l’automobiliste pressé. Lieux de résidence privilégiés, ils souffrent d’être ainsi traversés de routes plutôt que vraiment reliés par elles et peinent parfois à garder une âme.

Tout comme la nature qui les entoure et leur donne une part significative de leur valeur, nos villages doivent être préservés, revalorisés, rendus accueillants et conviviaux, avec quelques foyers d’activité sociale, commerciale, sportive ou culturelle, c’est selon. Surtout, comme contre-points et contre-poids de « la ville », leur ruralité doit être assumée : démographie maîtrisée, aménagements qui en préservent l’intimité, vocation de « poumon vert » pour les citadins tout proches.

Pour une nouvelle alliance ville-campagne

Et si on allait au bout de la logique de « ville à la campagne » de notre commune ? En préservant résolument une vraie ruralité –la nature et les villages– mais en organisant aussi la rencontre des deux mondes dans les aménagements urbains nouveaux à créer, par exemple pour compléter le cœur de la ville vers l’Ouest.

Que la ville se développe progressivement, de manière organique, en complémentarité avec la nature : en respectant la rivière et ses larges berges, en intégrant des prairies, des vergers et des jardins au cœur de l’habitat. Programmons des ensembles d’habitation groupée de taille moyenne, à l’architecture innovante mais pas nécessairement spectaculaire, alliant « zéro-énergie » et murs végétaux ou jardins suspendus sur les toits, mais surtout, disposés de manière que la ville et la nature se mélangent et se complètent harmonieusement.

Braine-l’Alleud demain

Créons des quartiers qui invitent à être acteurs plutôt que simples spectateurs face à la nature, des quartiers où être citadin n’empêche pas d’avoir un potager, de se promener entre prés et bosquets, de monter à cheval jusqu’au pas de sa porte ou de manger les œufs de ses poules.

C’est ce genre de synthèse que la transition écologique propose en réponse aux limites de la frénésie de notre monde. Pour que demain, Braine-l’Alleud soit ce lieu unique où l’on peut vivre tout à la fois
- les facilités de la ville –la proximité des commerces ou du train par exemple–
- les plaisirs vrais des villages –on respire, on est au calme, on se connaît– et
- le ressourcement de la campagne –être au contact des arbres et des animaux, cultiver son jardin.