Le Bois du Drape : un « corridor » écologique précieux

Il s’étend comme un fin triangle depuis la route reliant Bois-Seigneur à Ophain jusqu’à la rue de Bertinchamps. C’est un bois très étroit et pourtant parcouru par deux chemins parallèles, tous deux accessibles au public. La partie haute du bois est privée, et la partie basse appartient à la commune de Braine-l’Alleud, qui la gère comme réserve naturelle éducative.
La vocation éducative du lieu semble plutôt en sommeil. Les possibilités ne manquent pourtant pas pour valoriser ce "corridor" écologique précieux.

Publié le vendredi 14 mars 2014

Le nom provient du mot « drab » en flamand qui signifie « boueux ». La nappe aquifère n’est pas loin en effet, et rend le sol marécageux au fond du bois. Ces résurgences constituent une des sources du Hain.
La société de distribution d’eau bruxelloise, la CIBE, devenue Vivaqua, a été longtemps propriétaire de la partie basse du bois car elle exploitait la nappe aquifère ; mais depuis les années 1980, les captages ont été délaissés et la société a donc revendu volontiers le bois à la commune.
Le chemin principal est une servitude publique, il existe depuis des siècles, s’appelait le « vert chemin » en 1620 et est devenu le sentier des Drapes en 1846. L’autre chemin, le plus au nord-ouest, est l’assiette de l’ancienne voie vicinale, celle du tramway qui reliait Braine l’Alleud à Bois Seigneur et puis à Nivelles ou Ittre et Virginal, jusqu’en 1958. Les anciens de la région se souviennent encore de ce tram qui traversait les campagnes, remontant la vallée du Hain.

Une gestion économique, écologique et sociale
La partie haute du bois est gérée selon le principe de la « futaie jardinée », ce qui consiste à préserver les plus beaux arbres, à permettre leur déploiement tout en veillant à ce que d’autres étages de végétation puissent se développer sous leur couvert.
Les essences sont essentiellement des feuillus :

  • une plantation de hêtres de 40 ans, proche de la route de Bois-Seigneur, présente un couvert très dense, propice à l’apparition de la fougère au sol ;
  • des érables se sont frayés une voie dans le sous étage ;
  • des grands frênes et quelques vieux hêtres dominent le reste de la parcelle. Le frêne s’accommode bien d’un terrain humide et frais.
  • Des taillis d’ormes sont également présents. L’orme n’arrive quasi jamais à l’âge adulte depuis qu’il est attaqué par un champignon. Mais cela n’empêche pas son bois d’être d’une qualité excellente pour le chauffage.

Il y a une couverture de lierre, au sol et le long du tronc des arbres. C’est un refuge pour les insectes et une nourriture pour les oiseaux. Le lierre a ses fleurs en automne et ses fruits au printemps. On veille pourtant à ce qu’il n’étouffe pas la tête de l’arbre.
Cette partie du bois est gérée de façon à remplir aussi bien une fonction économique qu’écologique et sociale, puisque les deux chemins sont accessibles, et entretenus de façon à rester praticables pour piétons, cyclistes et cavaliers.

Une vocation éducative
La partie basse du bois est donc publique et gérée dans un objectif de « réserve naturelle éducative ».
Elle est parcourue par des fossés d’eau qui descendent vers le Hain ; si ceux-ci ne sont pas drainés, le sol devient marécageux et c’est ce qui a provoqué la mort de plusieurs hêtres en amont de la parcelle ; les voici aujourd’hui comme des fantômes envahis par le lierre et refuge pour de nombreux insectes ou nids de pic. Dans la partie nord du bois, l’allée de hêtres rouges a pourtant bien subsisté et déploie superbement sa voûte sombre.
D’anciennes plantations subsistent alors qu’elles ne correspondant pas à la vocation du lieu. Ainsi il y a de remarquables résineux, soit en ligne (abies) le long du chemin vicinal, soit en carré (douglas). Ces plantations datent d’avant le statut de réserve éducative, et avaient une fonction de production de bois et de refuge pour le gibier, pour les faisans en particulier en hiver. Malheureusement, par des hivers très humides comme celui-ci, ces résineux sont fragiles au vent et plusieurs sont effondrés au sol, certains en travers du chemin.
La commune a creusé deux étangs et conservé le caractère naturel de la partie la plus au nord du site. Logiquement on y trouve de nombreux aulnes qui se développent les pieds dans l’eau.
Ce qui est réjouissant, c’est la propreté de l’eau dans le bois et des épinoches y ont été observées cet hiver.
La vocation éducative du lieu semble plutôt en sommeil. Des panneaux d’information avaient été installés le long des chemins, mais ils deviennent illisibles avec le temps. Un abri de pic-nic a été construit ; nous ne savons pas s’il est utilisé par les groupes ou les écoles.
La commune n’intervient que très peu. Il est clair que la gestion d’une réserve naturelle requiert pourtant certains entretiens, à la manière douce et basés sur une fine connaissance de la biodiversité du lieu. Nous doutons que la non gestion actuelle soit la meilleure façon d’enrichir ce précieux patrimoine et surtout elle le met peu en valeur pour le public brainois.

Améliorer le potentiel écologique et la vocation éducative du bois
Des solutions existent pour améliorer le potentiel écologique de la partie publique du bois et renforcer sa vocation éducative.
La première est de faire une convention de gestion avec une association spécialisée dans la gestion des sites naturels. Cette convention pourrait prévoir les missions suivantes :

  • Refaire des inventaires de la diversité biologique : herbacées, champignons, insectes, oiseaux, …. Certains spécialistes y ont contribué il y a plus de 10 ans. Allons les retrouver.
  • Elaborer un plan de gestion pluriannuel, à soumettre au pouvoir communal.
  • Veiller à la circulation de l’eau de façon à éviter l’eutrophisation des étangs et les flaques éternelles dans les chemins.
  • Assurer des interventions « délicates » pour enlever certains arbres qui sont coincés et peu en station, et permettre le déploiement d’autres (entre autres le long de la voie du tram ).
  • Veiller à l’oxygénation des étangs (pour ne pas devoir les curer ?), faire appel à des spécialistes de réserves naturelles.
  • Refaire les panneaux didactiques sur les différents éco-systèmes du bois.
  • Promouvoir l’utilisation pédagogique du site par les écoles et les plaines de jeux.
  • Publier un livret, disponible à la commune pour les promeneurs et un autre pour l’exploitation pédagogique du site par les enseignants.
  • Assurer l’organisation de visites pour le public et aménager le bois un peu plus pour les simples promeneurs : des bancs là où il y a des vues, le long des étangs mais aussi du côté sud est à l’endroit où il y a une jolie prairie aux confins des deux parties.
  • Interdire les motos et quads par une signalisation plus explicite ; maintien des pierres à l’entrée mais possibilité pour les cavaliers de passer.

Thérèse Snoy, cheffe de groupe