La majorité en faveur du parking Chirec en zone verte

Consternant : malgré l’opposition de 300 riverains, le pouvoir en place rendra sans sourciller un avis en faveur du permis d’urbanisme demandé par le Chirec pour ce parking en pleine nature. La réunion de concertation a clarifié mais pas réconcilié les points de vue. Il faudra continuer à se battre si l’on veut éviter cette aberration écologique et cette nuisance aux riverains.

Publié le dimanche 7 juin 2015

Les 5 délégués mandatés par les quelque 300 riverains qui ont réagi dans le cadre de l’enquête publique étaient Corentin Roulin (Ecolo), Philippe Verralewyck, Serge Brosteaux, Godelieve Boulert et Mr Wota (propriétaire du Wotaland). Et la toute première question lancée fut « est-ce que ce parking est vraiment nécessaire ? ».

Un parking nécessaire ?

Rappelons qu’il s’agit d’un projet de parking de 215 places exclusivement réservées au personnel tandis que les quelque 260 places existant actuellement sur le site seraient exclusivement réservées aux patients et aux visiteurs. La situation actuelle est jugée « catastrophique » par les responsables de l’hôpital en raison de la diminution du nombre de places au parking de la Goëtte (suite à l’aménagement du nouveau rond-point) et, surtout, de l’entrée en vigueur du nouveau plan de stationnement. Que fait la commune ?

Les mêmes responsables du Chirec ont vite fait de balayer toutes les propositions alternatives en termes de mobilité : le co-voiturage serait faible parce que le personnel est essentiellement féminin (!), les transports en commun peu pratiques parce que les employés habitent loin et que les horaires ne sont pas toujours respectés à la minute dans un établissement de soin, etc. Ils ajoutent que la convention d’occupation de places réservées dans le parking de la gare est précaire : elle tombera lorsqu’il faudra faire place à des abonnés navetteurs.

Nous pensons quant à nous qu’il faut toujours d’abord chercher à diminuer le tout-à-la-voiture même si la nature de l’activité justifie dans une certaine mesure un usage plus intensif de véhicules privés. Nous pensons ensuite que si un parking est nécessaire, il ne faut surtout pas aller le mettre au milieu de la prairie humide au bord du Hain.

Un parking, peut-être , mais pas là !

D’abord, les employés du Chirec devront parcourir entre 350 et 500 mètres pour rejoindre leur lieu de travail depuis le parking projeté dans un endroit finalement fort isolé et peu accueillant en hiver … est-ce vraiment mieux que le confortable parking de la gare qui n’est qu’à 800 mètres de l’entrée de l’hôpital ?

Ensuite, il s’agit d’une zone verte au plan de secteur, une zone naturelle humide, écologiquement fragile, qui joue en rôle de tampon non seulement en cas de crue de la rivière mais aussi pour les ruissellements très importants du large bassin versant dont les eaux se rassemblent là. On y a toujours vu très régulièrement des crues, disent les riverains. Cette fonction « d’éponge » serait mise à mal par les aménagements projetés : imperméabilisation, nécessité d’ancrer profondément les fondations en raison de l’humidité permanente (il n’est même pas possible d’y laisser paître des chevaux ou des vaches).

La réponse que le projet tente d’apporter à cette préoccupation est un aménagement aussi respectueux que possible de la nature : aménagement paysager avec préservation des arbres existants et respect du relief, voies en béton drainant et places de parking en dalles-gravier, installations de larges et profonds fossés drainants (appelés « noues ») imperméabilisés et pourvus de plantes épuratives (non exotiques). Il est également prévu une séparation des circulations automobile et piétonne et l’aménagement de « points de détente » (!) en bord de rivière.

Efforts louables mais qui n’empêcheront pas la destruction d’un bout de nature typique et quasi intact, un écrin bucolique où la nature la plus sauvage et la plus fragile s’est réfugiée, à deux pas du centre-ville et qui contribue de manière unique au fameux label de « ville à la campagne » de notre commune. Comment notre commune n’y tient-elle pas comme à la prunelle de ses yeux ?

Comme cela a été souligné du côté de la délégation citoyenne, il y a déjà trop de parkings, et certains aménagés récemment, sur les rives du Hain. C’est un des rares endroits où le Hain coule entre deux rives naturelles. Il a d’ailleurs été noté « patrimoine naturel » en 2012 par le Contrat de Rivière Senne. Laissons donc cette respiration à notre rivière, elle nous fait aussi du bien à nous, les habitants.

Pourquoi pas un parking ailleurs ?

Quelques alternatives sont discutées, elles sont toutes rejetées.
Pourquoi ne pas créer des étages sur les petits parkings existant sur le site ? Parce qu’il faudrait démonter ces constructions en cas de travaux d’extension et que de telles extensions sont probables dans les années à venir.
Pourquoi ne pas faire du parking sur le site de Nicols, et même dans les anciens bâtiments industriels Nicols ? Parce que le prix demandé par le propriétaire est exorbitant et qu’il faudrait de toute façon d’abord démonter les bâtiments et dépolluer, ou pour le moins assainir pour mettre aux normes actuelles, avant d’y mettre du parking ; impayable, dit l’hôpital.
Pourquoi ne pas faire un niveau sur une partie du parking de la Goëtte ? Trop cher.
Pourquoi pas un aménagement sur les champs cultivés plus proches, jouxtant Carimar ? Parce que c’est du terrain à bâtir.

Une alternative n’est pas discutée : étrangement, la Commune n’a pas évoqué en réunion le prochain déménagement de l’administration vers le zoning de l’Alliance. Pourquoi ne propose-t-elle pas d’emblée au Chirec de réfléchir sur un périmètre élargi, englobant la surface occupée par le bâtiment actuel de l’administration dont chacun sait qu’il a vocation à être vendu à l’hôpital ? Est-ce que ce n’est pas quand même cette perspective, relativement prochaine, qui conduit le Chirec à demander un permis provisoire « car d’ici quelques années, beaucoup de choses pourraient avoir changé » ?

Un parking provisoire ?

En effet, c’est une importante information nouvelle qui a été révélée lors de la réunion de concertation : le permis devrait être demandé pour une période de 10 ans seulement !

Nous disons qu’il doit dès lors être possible de trouver des solutions alternatives provisoires et d’éviter de défigurer ce bel ensemble paysager et de détruire, ou de perturber durablement, des habitats naturels précieux.

Mais nous ne croyons pas que l’intention de la majorité communale est de tout remettre dans son état original, si cela était même possible. Nous croyons que l’intention cachée, qui devait déjà être présente lorsque la Commune elle-même avait vendu ce terrain à l’hôpital, est de laisser au moins les cheminements et les fameux « points de détente » le long du Hain pour y faire des promenades permanentes ouvertes au public.

Et si c’est bien le plan, pourquoi n’ose-t-on pas le dire ouvertement et consulter les riverains à ce sujet ?

Les riverains craignent les nuisances

Les délégués ont évidemment relayé les craintes des riverains quant à leur bien-être, essentiellement sur deux points : le bruit et l’éclairage nocturne générés par ce parking réservé au personnel.

Notons que la Chirec s’est voulu rassurant quant aux horaires de fréquentation de ce parking par son personnel, fréquentation qui serait contrôlée par des barrières d’accès automatisées : les pics de fréquentation prévus seraient de 7h à 9h du matin, de 12h à 13h le midi, aux environs de 16h et aux environs de 20h. C’est-à-dire qu’il n’y aurait, en principe et sauf exceptions, pas du tout de circulation entre 20h/21h le soir et 7h le matin. Le personnel devant arriver entre ces heures serait autorisé à utiliser les parkings visiteurs, plus proches des bâtiments.

Pour l’éclairage, les représentants de l’hôpital ont évoqué des solutions modernes de balisages discrets (par ailleurs non nécessaires la nuit), en contraste avec les grands mâts fortement éclairés en permanence que l’on connait actuellement sur le parking qui vient d’être aménagé.

La Commune est pour, nous sommes contre

En toute fin de réunion, la Commune a répondu clairement « oui » à la question de savoir si elle allait soutenir ce projet auprès de la Région wallonne. Pourquoi ? Essentiellement pour répondre au souci de mobilité. Mobilité dont elle est par ailleurs un acteur central : par le plan de stationnement en zone bleue, par la vente envisagée de son bâtiment administratif actuel, etc. Dont acte.

Malgré les explication fournies par le Chirec, et tout en respectant sa mission et en reconnaissant le rôle important qu’il joue dans notre cité, nous persistons à dire que ce parking est un non-sens écologique et urbanistique, une aberration pratique et organisationnelle et une atteinte au bien-être des riverains.

Et que le caractère « provisoire » du permis demandé est, en pratique, une illusion.

Que faire ?

Nous allons continuer à nous opposer fermement à ce projet. Après l’avis du Collège des Bourgmestre et Échevins, le dossier repassera au Conseil communal. Nos conseillers communaux feront alors valoir tous les arguments qui devraient conduire la Région à ne pas octroyer le permis. Et ces arguments sont nombreux, on l’a vu.

Parmi eux, l’opposition des riverains est centrale car si l’hôpital a pour vocation de contribuer à la santé des citoyens, il ne faut pas que cette activité rentre en conflit avec le bien-être des riverains de l’établissement de soins. Il s’agira de se mobiliser à nouveau. Pour s’opposer à l’aberration et proposer des solutions alternatives, elles existent.