L’équilibre fragile d’une ville à la campagne

Evolution de l’habitat à Braine-l’Alleud des années 60 à nos jours…
- Maryse Stengele, conseillère communale

Publié le lundi 30 avril 2012

Les années 60 ont connu en Belgique une période de grand dynamisme urbanistique. C’est l’époque qui a vu se développer les cités-jardins. A Braine-l’Alleud, le document du Plan communal d’aménagement de 1960 du quartier dit de la Barrière porte le titre de « Cité-jardin Germinal ».

Dans les années 70, de nouveaux choix urbanistiques ont été pris au bénéfice de lotissements de logements moyens pour propriétaires dont les revenus professionnels permettaient un emprunt nécessaire à l’acquisition. Des sociétés publiques comme « La petite propriété terrienne » proposaient aux futurs propriétaires des emprunts à un taux très bas, prévu pour encourager les jeunes ménages à s’installer. D’autres, privées cette fois, obligeaient à chercher l’emprunt auprès des banques. Mais les infrastructures de base (routes, égouts, électricité, gaz…) étant prises en charge par le promoteur, la commune y trouvait son compte à court terme et y voyait une régulation du développement de l’habitat par l’imposition des règlements des lotissements qui garantissaient une certaine homogénéité. Cela n’a pas empêché pour autant la construction dans certains quartiers de villas plus cossues et parfois de très haut standing.

Cet équilibre a fait la prospérité de notre commune pendant des années si bien que le gros village est devenu une petite ville avec ses « faubourgs » : ce que nous aimons tous considérer comme une ville à la campagne. Ce développement a conduit petit à petit à la naissance d’un centre urbain entouré de lotissements et plus loin encore d’une belle nature habituellement réservée aux exploitations agricoles. Ce centre a créé de nouvelles attentes et après le succès des lotissements, ce sont les immeubles à appartements qui y ont la cote.

Aujourd’hui, il y a donc grosso modo trois sortes d’habitat :

  • celui du centre qui devient citadin, c’est-à-dire caractérisé par une certaine densité, avec l’élévation d’immeubles à plusieurs étages, des commerces concentrés, et de nombreux services administratifs, scolaires, médicaux, de bureaux, etc. ;
  • les habitations isolées ou groupées en lotissements, où les jardins ont encore leur place et où beaucoup de citadins de grandes villes (surtout Bruxelles) se sont réfugiés pour échapper à l’oppression des cités qui leur rendaient la vie difficile, surtout pour les enfants ;
  • l’habitat rural, plus dispersé, loin des services du centre, mais plus près de la nature, plus ouvert aux grands espaces.

Cette structuration a été confirmée en gros par le schéma de structure qui vient d’être voté au conseil communal de février de cette année.

Cet équilibre, pour ne pas se dégrader, demande toutefois beaucoup d’attention, de communication et de créativité parce que beaucoup de choses ont changé depuis les années 60 !

A cette époque, la Belgique était en plein boom économique. Après les années de souffrances et de privations collectives de la guerre 40, la reconstruction du pays et le développement technologique créaient les conditions d’une solidarité collective : après l’horreur naissaient des projets qui devaient faire place à tout le monde.
On ignorait la limite des sources de pétrole et les premières centrales nucléaires apparurent comme le miracle d’efficacité qui permettait même les gaspillages d’énergie.
La plus grosse partie de notre économie était encore nationale.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

On sait que le pétrole n’est pas éternel et on a mesuré les dangers du nucléaire. L’énergie coûte de plus en plus cher tant pour l’industrie que pour les particuliers. L’économie devient mondiale : c’est le règne des multinationales et les financiers qui en sont actionnaires ne sont pas très différents des grands industriels du 19ème siècle, sinon que la distance les séparant des travailleurs les enferme davantage dans la bulle des statistiques, du revenu du capital et des transactions virtuelles, c’est-à-dire de plus en plus loin des hommes et des femmes de la société réelle. Et à l’intérieur même de cette société, la culture de l’individualisme à tout crin a battu en brèche la solidarité de l’après-guerre.

Braine-l’Alleud n’échappe pas aux transformations mondiales, même si d’aucuns rêvent de faire de notre petite ville à la campagne une île de prospérité au milieu d’un océan d’incertitude.

Que constatons-nous ? Depuis les deux dernières législatures, une large majorité libérale s’est installée qui souhaite ardemment infléchir la politique urbanistique : on ne compte plus les déclarations du Bourgmestre dans la presse indiquant la nécessité de ne plus construire d’appartements en dessous de 120 m², de souhaiter des terrains de minimum 10 ares.

Nous pensons que la période est critique, qu’il faut actuellement une politique attentive à l’évolution actuelle (démographie, par exemple) et proactive (entre autres pour la qualité énergétique des bâtiments), comme cela se fait ailleurs en Belgique ou dans nos pays voisins, et oser le courage politique pour parler de transformer notre manière d’habiter et de vivre ensemble.