Et si on osait un centre-ville "zone de rencontre" ?

La zone de rencontre rétablit un équilibre entre les usagers
- Luc De Keersmaeker, candidat aux communales

Publié le mardi 19 juin 2012

Quiconque déambule dans les rues du centre de Braine sera frappé par le caractère hétéroclite des différentes voiries.

Quelques rares morceaux de rues ou place piétonnes, comme la place du Môle ou les rues de l’Ancien Bourg ou la rue du Môle, coupées par des rues à trafic automobile. Les rues ou circulent les voitures sont étroites (rue J. Hans ) et sinueuses. La rue Sainte-Anne et la Grand-Place sont-elles piétonnes ? On ne sait pas. Sans parler de l’avenue L. Jourez dont on ne sait si c’est une zone de stationnement ou une voie de circulation ?

Il y a comme un sentiment d’inachevé. Comme si, à une certaine époque, on avait envisagé, sans oser aller jusqu’au bout, un projet de centre piétonnier. Et depuis lors, plus rien ne change ...

Et pourtant. Nos édiles communaux n’ont-ils pas manqué une belle opportunité lorsqu’un arrêté royal du 4 avril 2003 a introduit dans notre Code de la Route, il y a donc presque dix ans, le Code de la rue (Straatcode en néerlandais) [1].

Cet arrêté a fortement modifié notre code de la route, considéré comme inadapté à la circulation urbaine. La philosophie du code nouveau est que la voie publique n’est pas vouée uniquement à la fonction de circulation et que chaque usager doit y avoir sa place, spécifiquement les plus vulnérables. La nouvelle réglementation met en oeuvre une plus grande convivialité et un partage plus équilibré de la voie publique.

En bref, chaque utilisateur doit pouvoir circuler en toute sécurité quels que soient son âge, ses capacités physiques et son moyen de locomotion.

De nouvelles notions y apparaissent ou y sont confortées, telles que les zones 30, les zones de rencontre, les trottoirs traversants [2], les sens uniques limités, ...

A Braine-l’Alleud, on chercherait en vain, les signes d’une mise en œuvre de ces nouvelles mesures. Aurions-nous dix ans de retard ?

Pour en revenir à notre centre-ville [3] qui tangue entre circulation automobile et piétonne (en excluant quasiment le vélo et les bus) ne pourrait-on y concevoir ce que le code de la rue appelle une « zone de rencontre » ?

La zone de rencontre est une extension de la notion de « zone résidentielle ». Alors que la zone résidentielle est limitée aux quartiers dans lesquels l’habitat prédomine, la zone de rencontre est créée dans des secteurs accueillant des activités à caractère communautaire tels que commerce, école, tourisme, artisanat...

Ces deux types de zones sont signalées par les panneaux F12a et F12b ci-dessous.

Une zone de rencontre est un espace de plain-pied, à l’intérieur duquel les piétons sont prioritaires sur les véhicules, motorisés ou non, et peuvent circuler sur toute la largeur de la voie publique.

Ni trottoirs, ni passages pour piétons, les jeux y sont autorisés. La seule restriction est que les piétons ne peuvent y entraver la circulation sans raison. La vitesse des véhicules est limitée et les conducteurs doivent redoubler de prudence et au besoin s’arrêter. Le stationnement est interdit sauf sur des emplacements prédéfinis et signalés.

Dans ces zones, les piétons peuvent se déplacer librement et les automobilistes et les cyclistes circulent à allure réduite mais de manière fluide. Elles sont, en outre, depuis peu accessibles aux transports en commun.

De telles zones de rencontre existent déjà en Suisse, en France et en Belgique (notamment à Namur, Tournai et Verviers).

Centre ville de Haguenau (France)

La zone de rencontre rétablit un équilibre entre les différents usagers. La circulation automobile n’est plus centrale mais invitée.
La fonction principale de l’espace change : ce peut être la convivialité, le commerce, le tourisme, la vie piétonne... La vie du quartier s’en trouve redynamisée.

Le principe de respect de l’usager le plus vulnérable augmente la sécurité. Il sont particulièrement accueillants aux personnes à mobilité réduite d’autant que des dispositions ont récemment été prises pour prévoir des bordures guides pour les personnes déficientes sensorielles et cognitives [4].

Une autre qualité non négligeable de ce genre d’espace est sa qualité environnementale et esthétique.

Pourquoi ne pas l’envisager pour le centre de Braine ?

La circulation automobile et la vitesse y est déjà de toute façon limitée et ralentie par une série d’aménagements tels que les piétonniers, les obstacles ralentisseurs ou les contournements et les sens uniques.

La perspective d’un espace dégagé à circulation ralentie inciterait au lèche-vitrine, à la flânerie, à la convivialité, bref à la rencontre.
Des arbres, arbustes, bacs à fleurs, ainsi que des bancs ou autres mobiliers urbains remplaceraient avantageusement les véhicules en stationnement.

La présence de nombreux parkings aux alentours (gare, goëtte, cimetière, supermarchés), le train et le réseau des TEC amènent de nombreux piétons potentiels.
Des trottoirs traversants pourraient relier directement cet espace à la gare, voire aux commerces et aux parkings adjacents à l’avenue de la Belle Province.

Notre centre-ville, actuellement déserté par les commerces et sans vie en soirée, retrouverait peut-être ainsi une vigueur nouvelle et ferait l’objet d’une réappropriation par ses habitants.

[1] Le code de la rue est détaillé et illustré dans un document de l’IBSR sur : http://ravel.wallonie.be/opencms/ex...

[2] Un trottoir traversant est une manière d’aménager certains carrefours où ce n’est pas la voie de circulation générale mais le trottoir qui est continu et traverse la route.

[3] Considérons, un peu arbitrairement, comme tel l’espace à l’intérieur du périmètre formé par la rue des Croix de feu, l’avenue de la Belle Province, la rue Pierre Flamand, la fin de la chaussée d’Alsemberg et de la rue Wayez, la rue Cloquet, la rue des Marolles, la rue des Tisserands et la rue Notre-Dame.

[4] On a, en effet, constaté que dans ces zones de rencontre la disparition d’une série de points de repères, tels que les trottoirs, panneaux de signalisation... peuvent insécuriser les personnes malvoyantes ou déficientes intellectuelles.