De quelle commune rêvons-nous ?

La vision d’ECOLO
- Thérèse Snoy, Députée fédérale

Publié le samedi 11 août 2012

Il y a des petits signes qui en disent long. Sur le site de la commune de Braine-l’Alleud, il n’y a pas de rubrique « aménagement du territoire » et quand on va à la rubrique « mobilité » on voit un phare de voiture de luxe, tel un œil de tigre. « On ne peut pas imaginer de gêner toutes ces personnes (ndlr : les automobilistes) pour faire passer devant la bicyclette » disait Monsieur le Bourgmestre en novembre 2010.

Il n’y a pas eu, jusqu’à aujourd’hui, de politique d’aménagement du territoire, en dehors d’un laisser faire, favorisant un résidentiel « haut de gamme » et les parcs d’affaires. Notre ville « péri-urbaine » (par rapport à Bruxelles) a la plus forte croissance des communes du Brabant wallon, mais nos jeunes ou les ménages modestes ne trouvent plus à s’y loger et elle étouffe sous la pression automobile.

Aujourd’hui un projet de schéma de structure nous est –enfin !– soumis. Un peu tard pour renverser les tendances structurelles … mais nous invitons tous les citoyens à participer à l’enquête publique qui a lieu ces semaines et à y exprimer leurs souhaits pour l’avenir de notre commune.

Le groupe Ecolo de Braine-l’Alleud souhaite à cette occasion vous partager sa vision et ses rêves.

De quelle ville rêvons nous ?

- D’abord d’une ville accessible à tous, comme Braine le fut longtemps. Il s’agit d’offrir des logements variés en taille et en prix, en renforçant la performance énergétique pour ne pas exposer les futurs habitants à des charges de plus en plus lourdes. Nous ne pouvons accepter les formes d’exclusion sociale actuellement pratiquées par les autorités communales, limitant les projets immobiliers à des logements de grande superficie. Les déclarations du Bourgmestre comme quoi il ne veut pas d’appartements ou de logements de moins de 120 m2, sont d’ailleurs en contradiction avec les contraintes du code de l’aménagement du territoire et aux exigences du gouvernement wallon. Le nombre de logements sociaux d’une part et moyens d’autre part doit augmenter sur le territoire brainois. Nous attendons que l’AIS (agence immobilière sociale) prévue mette tout en œuvre pour mettre à disposition des ménages à faibles revenus des logements privés en bonne condition. La taxe communale sur les logements inoccupés doit pouvoir avoir l’effet vertueux de convaincre les propriétaires de mettre leur bien en location.
Il nous semble que les défis sociaux et écologiques, tels que le prix de l’énergie, le vieillissement et la réduction de la taille des ménages, doit nous amener à inventer de nouvelles formes d’habitat où la solidarité de proximité puisse mieux s’exprimer et où la consommation d’énergie fossile puisse être minimisée. Nous pensons à des initiatives telles que les habitats « kangourous » où plusieurs générations peuvent coexister dans la même maison, ou aux habitats groupés intergénérationnels. Des « quartiers durables » pourraient être initiés à Braine-l’Alleud au titre d’innovation sociale et technologique, c.à.d. des formes d’habitat « basse énergie », en matériaux écologiques, très accessibles financièrement et géographiquement, combinant espaces verts et densité, incluant des services à la communauté, etc.

- L’habitat proche du centre et des gares peut être densifié vu l’accessibilité des services et des transports en commun mais il s’impose alors d’offrir des espaces publics de qualité, et non seulement réservés à la voiture : squares, espaces de jeux, parcs, maillage de circuits piétonniers verdurisés. Les espaces publics doivent contribuer au lien social, à la santé publique et à la biodiversité. Il faut par contre éviter de densifier les quartiers qui sont loin des gares et mal desservis par le transport en commun.

- La mixité des fonctions urbaines est la clé de l’accessibilité pour tous des services collectifs et commerciaux. La commune se doit d’encourager dans chaque quartier et dans les villages la présence de commerces de biens quotidiens, de services aux personnes, de crèches, d’écoles, de lieux de loisirs et de sport. C’est ainsi que les personnes âgées comme les jeunes, et tout citoyen, pourront renforcer ou conserver leur autonomie et en particulier par rapport à la voiture, ce qui allégera considérablement les coûts et les nuisances occasionnés par celle-ci.

- Le respect du patrimoine historique, culturel et naturel est aussi essentiel pour l’identité brainoise. Il ne s’agit pas seulement des grands monuments et des châteaux mais bien des traces de notre histoire collective, ouvrière et paysanne, civile et religieuse. Cela n’empêche pas que l’architecture moderne et « durable » aie toute sa place également.

- Faire battre le cœur des villages : les villages de Lillois, d’Ophain, et de Bois-Seigneur-Isaac, les hameaux de l’Ermite et de Colipain, du Village no 1, etc. méritent de disposer d’une place publique, de plantations arborées, de lieux de réunions, de terrains de jeu, etc. Une place de village est pour nous autre chose qu’un carrefour, une rue est autre chose qu’un couloir à voitures. Ces espaces publics doivent être réaménagés ou conçus pour privilégier la vie sociale.

- Les terres agricoles, les ensembles forestiers et les grands paysages qu’ils forment autour du centre urbain sont un patrimoine d’une valeur essentielle pour notre communauté : notre terre est fertile, notre eau est précieuse, la vie qui s’y développe nous est nécessaire. Bien plus que des valeurs foncières sur lesquelles s’exerce une spéculation malsaine, bien plus que des espaces de réserve pour les futurs zonings, les terres agricoles doivent être préservées pour leur fonction nourricière. Même si nous mangeons des pommes du Chili et de l’agneau de Nouvelle Zélande, un retour aux circuits courts et aux produits locaux est souhaité par de plus en plus d’habitants du Brabant wallon et le coût du pétrole favorisera bientôt tout ce qui se produit près de chez nous. Nous devons permettre aux agriculteurs de maintenir des exploitations liées au sol et la commune peut avoir un rôle de soutien pour cela (voir par ailleurs notre programme à venir sur l’agriculture et l’alimentation).
En matière de forêt, Braine-l’Alleud compte un beau capital de zones classées « Natura 2000 », surtout à l’ouest de la commune. La commune pourrait le valoriser plus en collaboration avec les propriétaires et en leur permettant de mutualiser certains travaux d’entretien.

- De la ZAE à l’éco-zoning  : c’est clair, il nous faut une commune intensive en emplois ! mais pas nécessairement ouvrir de nouveaux zonings ! une nouvelle conception des zones d’activités économiques s’impose aujourd’hui ! Il s’agit de l’éco-zoning, dans lequel les entreprises économisent l’espace et l’énergie, partagent des ressources, et visent ensemble le bien-être des travailleurs. Toute nouvelle implantation d’entreprises devrait être incitée à respecter ces principes.

- Enfin, les voies de communication , si nécessaires à nos échanges, doivent être beaucoup plus diversifiées, et partagées entre les modes de transport. Des investissements substantiels doivent être consacrés à un réseau cycliste et piéton, non seulement destiné au loisir mais aux déplacements quotidiens, ainsi qu’à la fluidité des transports en commun. Le RER nous apportera-t’il moins d’embouteillages ou plus ? La question est posée, quand on sait que les nouveaux flux vers la gare de Braine seront importants et que les bus risquent encore et toujours d’être coincés dans le trafic automobile. Pour nous, il faut privilégier des parkings relais, aux arrêts extérieurs au centre, et des navettes en plus des bus actuels, comme cela se pratique à Nivelles et à Waterloo.
De plus les axes de communication devraient participer au maillage vert du territoire et être bordés de plantations, arborées ou buissonnantes.

Nous voulons voir ainsi se développer un territoire structuré, cohérent, qui crée une appartenance et laisse s’épanouir notre santé, notre bien-être, et notre communauté de vie.

L’analyse du schéma de structure nous permettra de préciser dans des propositions concrètes les idées développées ci-dessus.

Thérèse Snoy 8 mai 2011