Au secours, chéri, je suis enceinte !

Le rôle de la commune dans l’accueil de la petite-enfance
- Daniel Brabant

Publié le lundi 30 avril 2012

Depuis plus de 20 ans, encore et toujours le même refrain : l’offre de places pour accueillir nos chères têtes blondes (à naître) fait cruellement défaut, partout en Communauté française.

De Viroinval à St Josse en passant par Braine-l’Alleud, tous égaux devant la pénurie. Notez, la Flandre n’est guère mieux lotie. Et ça dans un pays qui figure à tous les coups dans le top 20 mondial en termes de qualité de vie (selon les critères OCDE, c’est entendu). Notez encore, le Brabant wallon serait plutôt moins mal loti : plus de 40% des demandes sont couvertes par des places en crèches communales, contre 27% en Communauté française.

Ces places jouissent d’une bonne infrastructure et sont moins chères (le prix varie suivant les revenus des parents)… elles sont donc très convoitées ; d’où les effets collatéraux négatifs qui s’ensuivent : (pré)inscription hyper-précoce, double ou triple inscription en milieu d’accueil (bien compréhensible), stress dans l’attente de l’hypothétique sésame, et, en cas de refus, manœuvre de repli sur un autre type d’accueil, mais avec des parents alors aux abois. Répondant au principe du « premier inscrit, premier servi », les crèches communales refoulent indistinctement vers des milieux plus onéreux des parents aux moyens parfois plus limités.

Les autres places d’accueil sont couvertes grosso modo pour moitié par les crèches privées, et pour moitié par les accueillantes, autonomes ou encadrées. Cela ne suffit pas à répondre à toutes les demandes, et certains parents sont contraints au plan Z : pause carrière, grands-parents, gardiennes en principe pensionnées,…

Ces toutes dernières années, le problème irait plutôt en empirant, malgré des initiatives à tous les niveaux de pouvoir : du fédéral aux communes en passant par les régions, les provinces,… pour se limiter à la sphère publique : chère Belgique ! Deux raisons principales à cette aggravation : la demande qui croît fortement (chouette, du sang neuf !) et une offre qui elle ne progresse que mollement, quand elle progresse.

Pour des raisons financières, réglementaires, urbanistiques, de conditions de travail, les crèches privées n’essaiment pas ; les gardiennes sont de plus en plus nombreuses à jeter l’éponge. Vous travailleriez de 7h à 18h pour un revenu net de 1.000 euros par mois, vous ? Elles, oui. Avec un pseudo-statut de travailleur salarié, et une couverture sociale très incomplète.

A ce titre, le co-accueil (deux gardiennes ou plus sous un même toit), « the » solution pour certains hommes politiques (pingres), ne règle rien à ce constat.

Qui alors pour prendre le relai ? Les pouvoirs publics, au premier rang desquels les autorités communales ? Ce serait logique, il y a va de l’intérêt général.

Dans ce contexte, la commune doit assumer cette mission d’intérêt général dans une triple approche :

1) Augmenter le nombre de places d’accueil « sur fonds propres »

On retrouve dans le giron communal six crèches publiques (capacité d’environ 150 enfants), deux haltes accueil (ou haltes garderie), une maison communale d’accueil de l’enfance, des structures de co-accueillantes, le service d’accueillantes conventionnées du CPAS.

Hors de l’orbite publique, on retrouve des maisons d’enfants, crèches d’entreprises et des accueillantes autonomes (ex gardiennes d’enfants). L’offre de places en crèches communales est structurellement déficitaire : près de 180 enfants restent ainsi sur le carreau (source ONE), chiffre très considérable que les autres modes d’accueil ne peuvent combler.

L’option de mettre en place l’une ou l’autre nouvelle crèche communale a un coût, qu’il faut mettre en perspective :

  • Acquérir ou construire un bâtiment, c’est augmenter le patrimoine communal.
  • Il convient pour le moins d’assurer le service public auquel tout un chacun a droit.
  • L’augmentation du « parc » sera en corrélation avec la pénurie existante et l’augmentation de la population des 0 – 3 ans dans les années à venir.
  • L’augmentation de la population brainoise entraîne une augmentation des recettes communales, dont l’affectation doit faire l’objet de choix sociétaux.
    De manière schématique, 5.000 habitants supplémentaires représentent 5,5 millions de recettes annuelles supplémentaires, à politique inchangée, donc à pression fiscale identique, et le profil sociologique de notre commune autorise à penser que cette recette serait plus importante encore, même en tenant compte des mécanismes de redistribution régionaux.
  • Les pouvoirs locaux représentent environ 50% de la part des investissements publics dans le pays ; à ce titre, ils contribuent au maintien d’une croissance (réfléchie) et de la stabilité du marché du travail.
  • Les projets immobiliers et d’infrastructures de la majorité en place (5000 places de parking à Braine, leitmotiv obsessionnel) témoignent d’un expansionnisme qui mériterait d’être rééquilibré au profit de l’humain.

2) Faciliter et encourager toutes initiatives privées (individuelles ou collectives) ayant pour but d’accroître le nombre de places d’accueil (de qualité).

Dans un contexte de pénurie aiguë, la commune se doit d’être le moteur que les niveaux régional et communautaire, trop éloignés du terrain, ne pourront jamais assumer que pour partie.

La commune doit pouvoir informer les personnes porteuses d’un projet des différents interventions/subsides extérieurs possibles, envisager un partenariat public/privé autour des quelques grandes zones d’activités de la commune, pour des projets de crèches d’entreprises ou des crèches de zoning qui seraient portées par les autorités publiques, éventuellement par le biais d’un cofinancement.

3) Coordonner l’ensemble du secteur au départ de l’échevinat de la petite enfance, dans un esprit de collaboration et non de tutelle

Des pistes ont déjà été évoquées en d’autres lieux pour établir un cadastre des places disponibles et des délais d’attente. Les parents en recherche de place passent très souvent par l’ONE pour obtenir des renseignements, mais ceux-ci restent lacunaires. La commune devrait pouvoir assurer ce rôle d’interface avec les parents, en présentant l’offre disponible et ses caractéristiques propres (localisation, horaires, aperçu des disponibilités,…).

Par ailleurs, la commune, via son échevinat, devrait pouvoir réunir les différents acteurs pour examiner quelles sont les attentes, là surtout où la commune pourrait faire profiter de son savoir-faire et de ses outils un secteur très fragmenté, où les travailleurs n’ont guère le réflexe ou la culture d’une certaine forme de mutualisation de services. On imagine ainsi que des services, des locaux, des infrastructures, du matériel, puissent être mis à la disposition de tous. On pense ici particulièrement aux accueillantes autonomes qui n’ont souvent, du fait de leur charge de travail, le temps ni de s’informer, ni de se former, en dehors de la documentation délivrée par l’ONE.

Mais hélas, on y va en procession d’Echternach, tout, tout doucement, en se disant secrètement que s’il se trouvait une autre bonne âme (politique) pour financer le projet, avec l’argent public des contribuables… de Viroinval ou de St Josse, bon sang, mais c’est bien sûr !